
Réflexions à ma sortie d’un Presse International. ]
Voilà 100 000 ans, j’étais perçu comme un des plus beaux garçons de ma tribu. D’une beauté ensorcelante, vous dis-je. Tout contribuait à faire de moi un séducteur irrésistible. J’avais une longue chevelure hirsute qui tombait sur mes épaules velues, mon front était large et protubérant. Mes sourcils étaient abondants et pelucheux. J’avais des yeux immenses et mon nez était large et puissant, suffisamment retroussé pour laisser voir mes immenses narines noires au dessus de ma bouche évasée. Mes dents étaient longues et aiguisées. J’avais un menton proéminent et mon visage était recouvert de poil. Je faisais quelques 150 cm et je possédais une superbe carrure. Mon corps était recouvert de cicatrices, témoins notoires de ce vaillant chasseur que j’étais. J’étais le Brad Pitt du Paléolithique !
À n’en point douter, tous les casanova, les don Juan et les Pitt modernes me sont redevables, moi qui suis à l’origine de leur hérédité.
Mais tout cela, c’était il y a bien longtemps. Les temps ont bien changés depuis cette époque lointaine et les attributs qui faisaient de moi un casse-cœur magnétique ne trouvent plus preneur en votre ère moderne. Même ma transformation extrême subie peu après mon dégel ne m’aura pas assuré la pérennité de mon sex-appeal. J’ai fatalement perdu mon titre de Brad Pitt du Paléolithique.
Au Presse International, devant le comptoir des revues et journaux, je m’en suis bien rendu compte en tournant les pages d’un magazine People, consacré aux 50 plus belles personnes du monde entier. Indubitablement, mes gènes primitifs ont bien du se perdre quelque part aux travers de l’histoire pour céder leur place à une toute nouvelle esthétique. Au fil des pages de ce nouveau magazine, j’ai compris à quel point je ne pouvais rivaliser avec Johnny Depp, Brad Pitt ou George Clooney. Encore moins avec Angelina Joli, Penelope Cruz ou Scarlett Johansson.
Cela dit, il est bien joli, Brad Pitt. Et Scarlett Johansson est certes d’une grande beauté. C’est indéniable. Mais je réalise que mes critères d’appréciation diffèrent de ceux qui ont cours à Hollywood ou sur La Croisette.
En fait, si je puis reconnaître la beauté là où elle se trouve – selon ce qu’en dit People magazine – elle n’éveille en moi ni frisson et ni appel de concupiscence. La beauté m’indiffère. Sa perfection m’apparaît être son défaut capital que rien ne compense.
Je revendique l’imperfection. Je vous le dis, la véritable beauté se moque des yeux turquoise et des lèvres pulpeuses. Elle n’a que faire d’une poitrine saillante ou de pectoraux anguleux.
Depuis que j’évolue parmi vous, amis lecteurs, je réalise que la véritable beauté est bien plus subjective qu’on ne le pense. Elle s’imprègne de charme, de douceur et de coquetterie. La véritable beauté est du domaine du regard, du sourire, des clins d’œil complices et des attentions. Elle se rit des kilos en trop, des rides, des cheveux qui s’éclaircissent et de cet œil qui louche. La véritable beauté fait bon ménage avec les travers.
Que de révélations pour moi qui, il n’y a pas si longtemps encore, cherchais la beauté par ce que je voyais – en l’Autre – alors qu’en réalité, la réelle beauté de l’autre est ailleurs – en moi.
J’ai finalement reposé mon People magazine sur le présentoir et me suis dirigé vers la sortie. À la porte, j’ai croisé ce charmant garçon et, après que nos regards se soient rencontrés, j’ai réalisé que, oui, le charme opère encore, même après 100 000 ans.
Non, non. Je ne suis plus le Brad Pitt que j’ai un jour été. Mais j’ai aujourd’hui biens d’autres attributs qui, ma foi, compensent admirablement.
Nicolas, son nom.















































































