21 février 2009

#74 LA FUREUR


[N’en parlez à personne. Mais il m’arrive de rêver que je sois un Grand Inquisiteur, avec ce pouvoir ultime de punir ceux qui ont tort et de protéger leurs victimes. Il m’arrive même d’entretenir des fantasmes de violence. Suis-je en cela si différents de vous? ]


Je suis une personne violente. J’ai une inclinaison toute naturelle à la tyrannie. Je suis rongé par des désirs de brutalité et de barbarie. Bref : je suis un être impétueux.

Ne m’en veuillez pas. Si vous aviez vécu à cette époque qui m’a vu naître et grandir, voilà 100 000 ans, vous ne seriez certes pas la personne paisible et modérée que vous considérez être aujourd’hui. En ces temps-là, nos instincts de survie nous dictaient des ardeurs naturelles à la sauvagerie et à la cruauté. Tuer un bison des neiges ou un mastodonte d’Amérique n’était pas une opération de ténuité et de délicatesse, croyez-moi!

Mais rassurez-vous, j’ai bien assimilé vos règles civiles où la courtoisie et la retenue sont des valeurs prisées. J’ai domestiqué mon agressivité et je me suis accoutumé à vos règles de résolution de conflits. J’ai compris que je ne pouvais pas rouer de coups mon prochain non plus que je pouvais le dépouiller de son bien. J’ai saisi que l’on pouvait parvenir à ses fins en usant de la parole, à force d’arguments et de diplomatie. Et j’ai finalement accepté qu’en dernier recours, seuls des juges étaient investis du pouvoir ultime de résoudre un affrontement.

Mais voilà, nous sommes ce que nous sommes. J’ai beau réprimer mes éruptions obsédantes d’acrimonie, il en subsiste toujours un peu, tel un ulcère qui persiste et que l’on doit apaiser. La semaine qui s’achève m’a été particulièrement pénible à cet égard. C’est à cause de ce garçon, David, encore aujourd’hui introuvable malgré des recherches constantes.

De ce que l’on en sait, il aura été victime d’intimidation, de persécution et de terrorisme de la part de certains élèves de son école. De ce que l’on en sait aussi, les autorités de l’école auraient été incapables de sanctionner à temps ses agresseurs. De ce que l’on sait finalement, David aurait voulu se soustraire à cette violence trop longtemps endurée.

J’ignore tout de ce garçon, mis à part la douceur que se dégage de ses yeux sur ses photos. Et pour tout dire, sa vie, ses habitudes et ses jardins secrets ne me concernent pas. Tout cela lui appartient.

Mais voilà, ce matin, c’est à ses agresseurs que je songe. Et c’est à contrecœur que je le fais avec une indéniable dose d’hostilité et d’instinct de vengeance. C’est à regret que je ne peux réprimer ce fantasme qui m’habite où, ne serait-ce que quelques secondes, il me serait donné d’administrer à ceux-là une agression aussi violente que réparatrice. Vous savez? Histoire de bien faire sentir à ces petits salauds, en quelques secondes de sévices physiques, ce que représentent des années de sévices psychologiques.

Existe-t-il une telle chose que de la violence réparatrice? Est-il des situations où, pour mieux faire comprendre cette distinction entre bien et mal, l'on puisse avoir recours aux coups, ne serait-ce que ce qu'il en faut pour l'éducation des cons? La punition physique n'a-t-elle pas une raison d'être là où la persuasion demeure impuissante?

Mais bon. J’ai retiré ma cape de justicier. Je n’ai rien d’un inquisiteur ou d'un guerrier. J’ai tenu ici des propos qui ne se tiennent pas en public. J’en suis vraiment navré. Je n’aurais pas du. Indubitablement, je suis et demeure un homme préhistorique. Ce sont mes vieux élans d’impulsivité et de violence qui refont surface, bien malgré moi.

Que voulez-vous : nous sommes ce que nous sommes.

28 commentaires:

Encre a dit…

Je partage fureur et ressens également beaucoup de frustration devant le laisser faire qui prévaut dans le milieu scolaire où on parle beaucoup de ce problème, mais où on n'intervient quasiment jamais devant le fait accompli - et cela, les enfants le savent tant les victimes que les bourreaux. Les adultes sont complices de toutes ces horreurs. Parce qu'ils ont créé et continuent de créer des enfants-rois; parcequi'ils se taisent et ont peur d'intervenir.

Zed Blog a dit…

Cher Omo-Erectus...

Oui... Je suis tout aussi préhistorique que toi.

J'invente dans ma tête des supplices pour toutes ces exclusions et ces rejets quand les paroles ne font plus rien et que l'éducation en semble pas passer ou se bute à une fin de non-recevoir. Ça me fait des saignements dans l'âme, des ulcères, comme tu dis.

Moi aussi j'ai regardé ses yeux et son visage. Il en aurait d'autres que cela serait pareil, mais on devine que la douceur n'a pas dû l'aider à se tailler une place dans toute cette cruauté, dans le monde des « vrais gars ».

Société tellement malade, sexiste, machiste, débordante de stéréoytypes, qui font rouler l'économie.

On en chasse le dixième d'un, à force de luttes et de persévérance, et vite, certains, pour le profit et le pouvoir, se chargent de revenir à la charge dix fois plus fort.

Merci pour ce touchant billet.

Je t'ai demandé quelque chose, chez moi, si tu veux bien avoir la gentillesse de venir voir. Ce n'est pas sans rapport.

Zed

Tinky a dit…

Cher Omi erectus,

Je t'ai souvent lu chez Zed, et j'avoue que cette histoire lamentable de harcèlement à l'école n'est pas sans me rappeler la mienne propre... Mais moi, j'ai fini par craquer et j'ai manquer tuer la harceleuse en chef. Je lui ai aligné deux baffes et précipitée contre le mur. Elle était assommée, mais j'ai cru qu'elle jouait la comédie, alors je me suis jetée sur elle, et je lui ai serré le cou... On a été dix à m'en séparer, et quand je l'ai lâchée, elle avait le cou un peu noir... Ca faisait six mois qu'elle me harcelait, elle et ses copines que j'ai alignées aussi le même jour, déchaînée, la proie d'une colère blanche et d'une vraie envie de tuer... Je dois avouer que j'ai éprouvé là le seul orgasme de toute ma vie, à avoir cassé la gueule à cette sale carne. C'était franchement jouissif. Mes parents et les surveillants du lycée étaient au courant, mais tous m'exhortaient à tenter d'ignorer les provocations... Seulement, le harcèlement moral, les réflexions incessantes, ça finit par devenir tellement insupportable, qu'on pète un câble, et même le silex, tiens, parce que si toi, tu es un Homo erectus, moi, je suis juste un peu néanderthalienne, et fière de l'être et j'emmerde les créationnistes, merci monsieur Darwin !!! Bref, tout ça pour dire qu'en cours d'année on m'a donc changée de dortoir et de classe... Et que plusieurs camarades ont témoigné en ma faveur, elles aussi victimes des mêmes harceleuses. a l'époque, le lycée n'était pas mixte et c'était un lyxée pilote.
Curieusement, après cet éclat, j'ai joui, durant tout le reste de ma scolarité d'une paix royale et d'un très grand respect de la part des autres.... On ne m'a plus jamais embêtée de ma vie scolaie. On a bien tenté de le faire durant ma vie professionnelle, mais comme j'ai mis les syndicats sur la chose et menacé de porter plainte, ajoutant que je n'avais pas peur et que j'avais déjà pris assez de gnons dans ma vie pour être blasée, que je n'avais finalement plus rien à perdre, et ça a fait peur.
En fait, la tactique est simple, il faut terroriser les terroristes, et j'espère bien que ce pauvre petit gars est en vie, quelque part, à ourdir une sombre vengeance !
Il faut que les gens se méfient : rien n'est pire que la colère des faibles. Elle es rare mais dévastatrice ! J'en suis le vivant exemple ! J'étais vraiment prête à découper cette fille en lanières !
A part ça, j'espère qu'on retrouvera ce pauvre jeune, et en bon état !
Amicalement, Tinky la Rebelle et la Teigne qui va s'abonner à ton blog, ça t'apprendra... :-)

Hortensia a dit…

L’histoire de David Fortin est une histoire triste à pleurer, une histoire triste à rager, une histoire d’exclusion comme il y en a tant, partout, tout le temps. Quiconque s’est senti exclu une seule fois dans sa vie peut comprendre quelle torture ce doit être de subir cela jour après jour. Cher Omo-erectus, je comprends votre envie de devenir justicier pour en finir avec l’exclusion. Malheureusement, l’exclusion est faite de tellement de petits et de grands gestes de rejet qu’il serait très difficile de la déraciner du genre humain. Mais nous ne sommes pas complètement impuissants devant cette torture. Nous pouvons, collectivement et individuellement, essayer d’aimer mieux nos enfants, de mieux leur enseigner le respect de l’autre et de la différence. Ça sonne peut-être cucul, mais ce serait déjà beaucoup.

Caboche a dit…

Le rejet, l’intimidation à l’école n’est pas un phénomène nouveau. Toutes les raisons sont bonnes, dans une cour d’école pour élire un souffre-douleur. Nous avons tous rencontré à un moment donné, soit comme enfant ou comme adulte, un élève « souffre-douleur ». Qu’avons-nous fait?
Pour un David dont on connaît un peu l’histoire aujourd’hui, il y en a des centaines qui vivent le même drame en silence et qui n’en voient pas la fin. Malheureusement trop de gens ne se sentent pas concernés, ferment les yeux, ne prennent pas la situation au sérieux, par peur ou par ignorance. Il est important que les adultes, (parents, enseignants, directeurs d’écoles) ne se taisent pas devant le problème. Mais ce serait de l’angélisme de s’imaginer qu’on fera disparaître cette « activité » de l’intimidation et du rejet de notre société dite civilisée. Je comprends la fureur et l'agressivité que provoque cette histoire, quel soulagement ce serait que de jouer au justicier.

OMO-ERECTUS a dit…

EN ÉCHO...

@ ENCRE: Les enfants-rois y sont effectivement pour beaucoup. Nous parlons vous et moi de ces petits monstres envers lesquels les parents ont abdiqué leurs devoirs d'éducation parce qu'après tout, le chérubin est tellement précieux qu'il ne faut pas le contrarier. Tout comme vous, je crois que l'éducation commande souvent des interventions musclées. Mais l'époque dans laquelle nous vivons ne nous donnera pas raison, puisqu'après tout, quoique les parents fassent, le numéro d'une dpj ne sera jamais bien loin.

@ ZED: D'abord, je voudrais réitérer que c'est toi, Zed, qui m'a donné l'idée de mon billet. À tous nos collègues lecteurs et blogueurs, je leur dit d'aller lire dans ton blogue ton texte, ce qui leur donnera aussi l'occasion, pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, de voir ce garçon dont nous parlons. Et comme ca, toi aussi tu t'inventes des scénarios de supplices? Aurions-nous un Guantanamo qui someille en nous? Je te le dis, quand j'y songe, j'ai vraiment peur de développer des pensées bushiennes!

@ TINKY: Bonjour et bienvenue chez nous! J'ai lu ton commentaire avec attention et émotion surtout. C'est que tu soulèves admirablement deux choses qui ne sont pas souvent abordées. D'abord, la violence qui existe entre filles. Traditionnellement, on a tendence à associer ces questions aux garçons. Mais oui! La violence dont les filles sont victimes et qui sont le fait d'autres filles existe bien. L'image de la petite et douce fillette qui s'amuse bien tranquillement avec ses poupées est bien loin. Et puis, il y a cette dimmension dont tu parles: l'éclatement. Ce moment précis où tout s'embrouille et, pris de fureur, on a envie de tout casser, et surtout la gueule de son agresseur. Bravo si cela t'aura servi. Mais il est tellement triste de penser que pour se mériter une quiétude, il faille passer par son contraire et provoquer une tournade. Décidément, Zed a des ami(e)s merveilleux!

@ HORTENSIA: En lisant votre texte, j'ai un peu baissé les yeux, mes pomettes ont rougies et j'ai ressenti une forme de honte. Suis-je aller trop loin en confessant mes instincts de prédateur violent? Je m'interroge encore. Mais oui, j'ai toujours ce fantasme de donner un bon coup de pieds au cul du monstre qui a poussé David à le fuire. Et oui, peut-être bien que les parents du monstre en mériteraient un aussi, mais ca, je l'ignore. Enfin. Encore une fois désolé!

@ CABOCHE: Oui! quel soulagement ce serait. Vous avez aussi tellement raison de dire qu'une petite dose d'agressivité bien ciblée envers les agresseurs de David ne règleraient pas le problème millénaire de l'exclusion et du traitement infligé aux souffre-douleur. On revient encore là où tout devrait partir: les parents, l'école et la société. Autant dire qu'il n'y a pas de solutions.

En direct des iles a dit…

Oui, le rejet a toujours existé - on ne peut plaire à tout le monde, certes.
Mais, Caboche:...est-ce une raison pour dire que c'est de l'angélisme que de penser que cette violence peut disparaître des cours d'école?
Le défi est grand, certes. Pourquoi ces agresseurs sont-ils aussi violents? Pourquoi les laisse-t-on imposer la loi du silence autour de leurs victimes?
Pourquoi ne se penche-t-on pas plus sur la problématique et des agresseurs, et des rejetés?
Pourquoi pas aussi, en plus de l'amour et du dialogue dans l'éducation, un peu plus de fermeté et de discipline (ouh les vilains mots!) de la part des parents et des enseignants?

Coincidence: Pierre Foglia nous parle lui aussi de David dans sa chronique: http://tinyurl.com/cb8boq

Tinky a dit…

Cher Omo-Erectus,

Comme cette histoire est vraiment scandaleuse, j'ai repris un article du Quotidien via Cyverpresse.ca dans mon propre blog qui parle de ce pauvre gamin, et j'y ai aussi ajouté ce que j'en pensais. L'info vient de traverser l'Atlantique... Merci, l'Internet !!!
A bientôt, Tinky qui souhaite bon courage à toute la famille Fortin.
P¨S Je vais me coller ton lien dans la liste des blogs extras sur le bas-côté de mon propre blog.

Hortensia a dit…

Oh, vous m'avez mal comprise, je ne voulais pas vous faire la morale. Au contraire, je partage votre colère et votre fantasme de botter le cul des harceleurs. Je disais seulement que si l'on en met un ou quelques-uns en orbite, il s'en trouvera toujours d'autres pour prendre leur place, malheureusement...

Zed Blog a dit…

Omo-Erectus, je suis tellement touchée.

Émotivement et politiquement (ça se rejoint!). Tu mets un baume sur ces blessures et je sais que je ne parle pas seulement en mon nom.

J'ai eu la chance, si on peut dire, de m'affirmer tellement fort à l'àge de 15 ans que l'une de mes anciennes harceleuses m'a offert de m'expliquer les raisons qui poussaient ces filles à agir ainsi envers moi. J'ai accepté et je l'ai remerciée pour son courage.

Pourquoi ce harcèlement? Bien tiens!!! La concurrence! Malheureusement, si j'ai soudainement eu grâce à ses yeux, c'est qu'à 15 ans venait de s'amorcer une période de ma vie où je m'affirmais comme séductrice aussi... Misère... J'étais devenue une concurrente têtue et forte au lieu d'une faible victime.

Heureusement que Simone de Beauvoir m'accompagnait depuis l'âge de 14 ans. Cette période n'a pas duré. Mais ce fut tout un travail pour réorienter cette énergie vers d'autres valeurs. Est-ce jamais fini? Le travail sur soi, on n'a pas assez d'une vie pour le faire. Si on veut le faire.

Les filles sont violentes entre elles, parce que l'espèce humaine est une espèce animale et comme chez les autres espèces animales, c'est au moins très souvent pour se dégoter ou se mériter un mâle ou avoir son approbation, via le regard de celui-ci, les attitudes, les paroles. C'est parfois un but comme en dernière instance.

Être la plus belle, la première sur la liste, la plus séduisante, la plus intelligente, la plus... pour avoir son mâle ou un mâle. À tout le moins, faire partie du lot, des acceptables. La durée de vie de la séduction reconnue est bien courte cehz les femmes. La première petite ride signe la fin. Après, ça dépend de ce qu'il y a dans la tête des gens.

Même toutes petites. Avoir des amies de filles, c'est (pas seulement, mais) connaitre une partie de la concurrence, aiguiser ses outils, et adoucir les moeurs entre elles, en principe. Jusqu'à ce que ta meilleure amie flanche pour « ton » homme... ±X

Nous oublions que nous sommes des animaux. Se dégoter un mâle, si on remonte depuis... même avant ton ère, et qu'on traverse les espèces, c'est s'assurer la survie et la protection de ses flots (bébés, enfants, progéniture). C'était. Mais c'est si profondément ancré...

Si tu veux casser une certaine (je ne dis pas toutes, attention) soi-disant solidarité féminine, mets un gars dans le groupe. On vient de passer en mode séduction et concours. Pas toujours; très souvent. Ça dépend où on est rendus/es dans sa tête.

Il faut adapter ces notions pour les autres orientations sexuelles possibles, mais ça revient au même.

Que de choses à changer, à commencer, si souvent, par soi-même. Si on veut.

Il y a un commentaire d'Accent Grave chez moi, tout à fait à son image : sensible, sans dentelle, intelligent, avec les mots parfaits, la fluidité du chroniqueur. Je vous invite à faire le détour, pour le lire.

Et merci à ma chère lionne, Tinky, qui parle abondamment de David chez elle, brisant les frontières aquatiques.

Zed et un câlin de l'âme pour toi, Omo-Erectus.

Solange a dit…

Je me demande jusqu'où il faudra se rendre pour revenir à un peu plus de discipline. Les parents ont abdiqué et les professeurs n'ont pas l'appui de la direction, qui ne veut pas déplaire aux parents. Il y a des claques qui se perdent.

Jine a dit…

Beau petit billet mon cher Omo.

Ce qui est frustrant dans cette histoire, c'est de constater que les intervenants et les éducateurs de nos écoles soient aveugles face à l'intimidation. Ce n'est pourtant pas une nouveau problème. Pourquoi ne font-ils rien? Pourquoi n'ont-ils rien fait?

Madame Poppins a dit…

Je n'avais pas, de ce côté de la terre, entendu parler de cette si triste disparition mais j'ai envie de rebondir sur une phrase, celle de Solange. Je l'admets, elle est sortie de son contexte mais comme ce n'est pas la première fois que je la lis (sous une forme ou une autre, le fond restant le même), je me lance : "les parents ont abdiqué".

Faux !

Certains parents ont abdiqué, peut-être, même probable, oui.

Mais je pense qu'aucun parent n'a fait le choix, dès le départ, d'abdiquer. Aucun parent, au moment où il a tenu entre ses bras pour la première fois un petit être de (environ) trois kilos, s'est dit "tiens, je vais abdiquer".

Ce parent, s'il a abdiqué, l'a fait petit à petit, parce qu'il était dépassé, parce qu'entre soucis professionnels et stress familial, il n'a plus eu la force de poser les bonnes limites, cédant au quotidien pour avoir quelques minutes de "paix" : j'ai eu cette tentation de me dire que, ma foi, une demi heure de télévision de plus n'avait jamais fait de mal à personne puis je me suis souvenue que je ne voulais pas d'enfants élevés par une chaîne (de télévision d'abord puis "morale" ensuite) et j'ai éteint et continue d'éteindre le poste après les 45 minutes "réglementaires" (et arbitrairement fixés par nos soins). Combien aurait été plus douce la suite de la soirée si j'avais laissé le poste allumé...

Je ne le fais pas, tout comme je me refuse à acheter les souliers de marque ou tout comme je m'impose de cuisiner tous les soirs des légumes pour le repas mais ne pas abdiquer me demande, je l'admets, beaucoup de force.

Il se trouve que j'ai la chance de l'avoir, cette force mais je suis (relativement) empathique face aux parents qui ne l'ont pas ou plus.

Parce qu'elle est grande, la solitude du parent, qu'il soit réellement seul face à ses enfants ou parce qu'il est englouti dans moult problèmes auxquels il doit faire face sans l'aide de personne.

Quant à la justice qui devrait être l'apanage de la cour, ma foi, cher Omo-Erectus, elle me rappelle comme à chaque fois le geste de cette mère allemande qui, en pleine audience, il y a de cela de très nombreuses années, a abattu le meurtrier de sa fille, pour se tourner ensuite immédiatement vers les juges et dire "arrêtez-moi, ma vie n'a de toute façon plus de sens".

Mais tout comme je continue de penser que la violence, dont le paroxysme est la peine de mort, n'apporte qu'une mauvaise réponse, je continue d'espérer que les mots seront le réel chemin.

Vraiment, un magnifique billet, merci !

OMO-ERECTUS a dit…

En réaction à....

@ En Direct des Iles: Dieu du Ciel! "Fermeté"? "discipline"?... Non mais, vous êtes une véritable intégriste! Un peu plus et vous pronerez la Charia! Vous devriez avoir honte!

@ Tinky: Et malheureusement, cette triste histoire n'est selon moi que la pointe de l'iceberg. Et toujours dans cette même tristesse, y'a toutes ces directions d'écoles qui multiplient les "non non non, pas dans mon école, ca n'existe pas...) et tralala.

@ Hortensia: Allez belle enfant! Ne sautez pas aux conclusions. Votre premier propos m'a effectivement donné à penser que quelque fois, l'émotion me fait dire des choses que la logique devrait m'empêcher.

@ Zed: Vos propos sur la violence entre fille, je ne crois pas que j'aurais pu les tenir avec le même impact. Venus de moi, de tels propos auraient pu être taxés (?) de machisme! Pour le reste, je n'ai pas grand chose à ajouter à l'intelligence de vos propos.

@ Solange: Il y a des claques qui se perdent. Là, bien chère Solange, vous remportez la palme de l'image percutante que je voulais projeter! Bravo!

@ Jine: Vous êtes nouveau ici, non? Soyez le bienvenu! Cela dit, vous posez LA question qui se trouve sur les lèvres de tous. Mais où étaient donc les intervenants en discipline? On sait que le garçon victime dans cette histoire était suivi par un intervenant. Ce dernier, un fois au fait des problèmes de son jeune confidant, n'a-t-il pas jugé bon de faire un pas de plus? Et si finalement on était encore dans le syndrome 'pas dans ma cour... d'école'?

OMO-ERECTUS a dit…

MADAME POPPINS: Alors que j'écrivais quelques réflexion à des collègues blogueurs, je viens de constater que nos commentaires se sont croisés. Ce que vous écrivez est d'une grande sagesse. Oui, la charge de parent est une lourde tâche et les embuches sont multiples. Lorsqu'un enfant ou un ado a un comportement inacceptable, ce n'est pas nécessairement la "faute" des parents. La problématique est bien plus complexe.

Quant à mon fantasme de violence, rassurez-vous. Ce n'est qu'un fantasme. C'est juste que si je me trouvais devant ces ados qui ont poussé David à fuire, et qui sait, au pire, merde que la tentation serait grande de leur administrer un bon coup de pied au cul.

Mais encore une fois, rassurez-vous. Mon serment prononcé devant mon Bâtonnier est encore frais dans mon esprit. Tout comme le vôtre !

S. Charron a dit…

Cher Omo, ton commentaire est tellement venu me chercher. C'est que j'ai eu a dealer avec une situation semblable quand ma fille a été la souffre-douleur de certains élèves de sa polyvalente. Cette période a été un enfer. Les profs disaient qu'ils pouvaient pas faire grand chose, la directrice disait qu'en dehors de la cour de l'école, elle pouvait rien faire. J'ai même appelé la mère d'un ti-criss qui harcellit ma fille, mais j'avais l'impression de parler à une roche.

Tu dis que tu as des fantasmes de violence? Si tu savais comme je les ai eu moi aussi!!!

Après avoir tout essayé, j'ai changé d'école et je me suis financièrement serré la ceinture pour l'envoyer au privé. Ca c'est réglé là.

La punition physique n'a-t-elle pas une raison d'être là où la persuasion demeure impuissante? C'est une de tes questions. J'ai envie de répondre oui.

Zed Blog a dit…

Fantasme de vengeance et de violence, oui. Cela ne se maitrise pas. Mais dans les faits, la violence n'éduque pas; elle engendre la violence. Punir, oui, au besoin restreindre la liberté, soigner, quand c'est le besoin, éduquer et réhabiliter quand c'est possible, faire servir (de bien bas) la communauté, en particulier les personnes qu'on a blessées, quand c'est possible. Pour moi.

micheline a dit…

Cher Homo Erectus
T’as vu comme des personnes « bien comme il faut » t’ont emboité le pas sans se souvenir que tu émergeais d’une lointaine glaciation du temps où une violente compétition était nécessaire à la survie et que seulement tu commençais à t’interroger sur cette violence stupide qui couve encore dans la profondeur de nos gènes. Même Solange qui est une douce grand’mère rêve de claques qu’elle n’a sûrement pas eu l’occasion de donner à des petits effrontés
C’est grave en ces temps où il me semble que la violence ne cesse de répondre à la violence
.Cependant si, pour avoir subi tant de sévices eux-mêmes, ces personnes rêvent encore de triompher par la violence, des traumatismes sévères subis, ne serait-il pas le moment de leur indiquer un stage thérapeutique comme agents d’encadrement dans certains commissaires de polices ou comme assistant d’exécution de condamnés à mort dans les pays où elle est encore en usage ?

Ceci dit, c‘est ma première réaction violente aussi tout au moins en paroles. Ma façon de réagir à chaud: une violence contre les violents qui rêvent de « peter la gueule » à ces salauds- de jeunes de préférence ! .

MAIS tant de nuances aussi sont suggérées à travers ces commentaires , tant de prudence de la part de l’initiateur de ce grave et passionnant débat que j’en sors un peu rassérénée après avoir eu du mal à m’endormir hier soir cherchant le petit filet de lumière qui concilierait les esprits à travers les interrogations qui ouvrent des portes vers un peu plus de réconciliation :
Des phrases comme celles-ci me réconfortent:
« réorienter cette énergie vers d'autres valeurs. »
« Mais je pense qu'aucun parent n'a fait le choix, dès le départ, d'abdiquer……ne s'est dit "tiens, je vais abdiquer".
Ce parent, s'il a abdiqué, l'a fait petit à petit, parce qu'il était dépassé, parce qu'entre soucis professionnels et stress familial, il n'a plus eu la force de poser les bonnes limites, cédant au quotidien pour avoir quelques minutes de "paix »
« Pourquoi ne se penche-t-on pas plus sur la problématique et des agresseurs, et des rejetés? »
Les rejetés ? souvent les doux et les faibles : pourquoi le sens de leur valeur, de leur dignité devant l’autre leur fait-il défaut ? c’est aussi cela que les agresseurs sentent ( à voir de ce côté.. ..constitution milieu, éducation,)

« La punition physique n'a-t-elle pas une raison d'être là où la persuasion demeure impuissante? C'est une de tes questions. J'ai envie de répondre oui. »

Et moi j’ai envie de répondre non, car :la conclusion suivante me semble la bonne

"Fantasme de vengeance et de violence, oui. Cela ne se maitrise pas .(j’ajoute facilement) Mais dans les faits, la violence n'éduque pas; elle engendre la violence. Punir, oui, ( J’ajoute pas forcément punir, mais mettre en état de ne pas nuire, protéger les éventuelles victimes comme dit ci-après :
( au besoin restreindre la liberté, soigner, quand c'est le besoin, éduquer et réhabiliter quand c'est possible, faire servir (de bien bas) la communauté, en particulier les personnes qu'on a blessées, quand c'est possible. Pour moi »
Voilà pour moi aussi
Et dans les écoles puisque c’était le point de départ : veiller à ne pas instaurer de hiérarchie de valeurs entre les individus , de compétitions pour la première place et plus tard pour la domination.

Henri a dit…

Mais oui, c'est une triste histoire. Mais oui, l'intimidation existe encore à l'école en 2009, comme elle existait auparavant et comme elle existera dans le futur. Nous avons tous été une victime de l'intimidation ET un bourreau, à un moment donné de notre vie. C'est humain !

J'espère simplement que, comme société, nous ne partirons par sur une "sheer" collective à partir d'un cas isolé, comme ça arrive encore trop souvent, pour étouffer davantage les jeunes et culpabiliser les adultes.

Désolé d'être à contre-courant.

OMO-ERECTUS a dit…

Toujours en écho...

@ S. CHARRON: Triste témoignage de l'impuissance contre l'horreur et la tyranie. Merci beaucoup d'avoir partagé tout cela avec nous.

@ ZED: Je sais, je sais. Croyez bien que je suis un être pacifiste dans ses actions. C'est juste dans mes fantasmes que j me laisse aller. N'est pas le propre des fantasmes?

@ MICHELINE: Décidément, vous avez pris le temps de tout lire. Et je me désole que vous avoir causé des difficultés à vous endormir!! Cela dit, je sais dans le "fin fond" que vous avez raison, comme d'autres ont raison d'affirmer que la violence n'a aucune utilité. Et qu'elle ne fait qu'engendrer la violence. Je dois avouer que mon petit billet a provoqué des réactions multiples et diverses. C'est dire à quel point le sujet est délicat. Mais au delà des questions que je me suis permi de soulever, je sais que la réponse n'est pas dans la violence. Ni dans la punition physique.

@ HENRI: Vous n'êtes certes pas à contre-courant. Si vous lisez les commentaires de nos collègues blogueurs, la plupart rejoignent votre pensée. Je suis de ceux-là, je vous l'assure. Je crois au coup de pieds au cul thérapeutique dans le cas de petits "bums", mais je ne serais jamais partant pour l'administrer, ou pour encourager quelqu'un à le faire. Je suis ainsi. Un être de contradiction!

féekabossée a dit…

Oui ben moi aussi je suis pour le coup de pied au cul qui re-situe complètement le centre de la terre par rapport à leur centre de nombril à eux si tu vois ce que je veux dire (et encore, je n'ai pas à me plaindre, pour l'instant) ! Mais quand mon grand a intégré le collège cette année, j'ai eu ces 2 peurs là :
-Qu'il devienne un souffre douleur.
-Qu'il devienne un petit con.
Je pense qu'on a toujours un peu ces craintes là quand ils commencent à s'envoler nos loulous, et puis on observe du coin de l'œil, on parle, on fait confiance et au moindre dérapage, un coup de pied au cul et hop !
Comme M'me Poppins je ne crois pas que chaque parent soit démissionnaire si vite, je crois qu'il y a parfois des parents dépassés ou pas assez à l'écoute, mais des parents démissionnaires, non, je ne pense pas.
Cela dit merci à toi et à Tinky aussi pour vos articles sur ce pauvre petit gars qu'on retrouvera vite je l'espère, pour lui et sa famille.

j.-m. plante a dit…

Oeil pour oeil ne fait que rendre aveugle. C'est la prévention et l'éducation qu'il manque aux ados. Faut pas les aveugler, faut leur ouvrir les yeux.

L'Autre a dit…

J'ai entendu aux nouvelles que les parents de David ont recu un appel de la commission scolaire pour les informer qe David était absent de l'école. Criss de gang de twits.

Tinky a dit…

Ah ben bravo !!!
Tout en finesse et en psychologie, les structures scolaires au Québec, dirait-on !!! Ces crétins congénitaux ne lisent-ils donc pas les journaux, n'écoutent-ils pas les nouvelles ? Les pauvres parents Fortins doivent déjà avoir la rate au court-bouillon d'inquiétude pour leur pauvre petit, et ces abrutis qui en rajoutent ! Si c'est une plaisanterie, elle est de bien mauvais goût, et franchement saumâtre ! Je serais Monsieur Fortin, je porterais plainte contre eux pour torture morale !!! A part ça, toujours pas de nouvelles de ce pauvre gosse ?
Tinky, indignée.

OMO-ERECTUS a dit…

Pour répondre @:

Féekabossée: Et chez toi, ton grand, il est allé côté souffe douleur ou côté bourreau? Oh.. pas la peine de répondre. J'ai cette conviction que c'est ni l'un, ni l'autre. Je te sais une mère exemplaire. Alors, pas de crainte.

J.M. Plante: belle tournure. Plein de bon sens.

L'Autre: Sans commentaire.

Tinky: J'ai compris qu'il s'agit d'un message téléphonique automatisé. Selon ce qu'on en dit, c'est la 4ème fois que les parents recoivent cet appel. Quel monde de cons. Mis à part cela, rien. pas de nouvelle.

féekabossée a dit…

Ben figure toi que j'ai été convoquée au bout de 2 mois au collège pour m'entendre dire que mon gamin était sympa mais plutôt influençable. A savoir qu'il se faisait vite embarquer par des plus grands (il est grand aussi) pour faire des conneries.
On a eu de graves conversations sur le fait d'être influençable, pourquoi tout ça. Il a réussi à expliquer qu'il voulait qu'on l'aime alors il se donnait un genre.
On a mis en place un protocole avec son prof principal de manière à le cadrer, à lui éviter de tomber dans le panneau. C'est un vrai gentil au fond, c'est ça le problème, les vrais gentils peuvent devenir des faux méchants mais des méchants quand même, pour se donner de la prestance et c'est là qu'on doit tous intervenir ensemble, parents, enseignants, profs de sport etc ...
Ici c'est beaucoup beaucoup mieux 4 mois après la mise en place de ce protocole, mais j'ai aussi conscience que notre chance est d'être en province, où la proximité entre les gens existe encore.
En tout cas, parent c'est le pire métier que je connaisse (mais merci pour le gentil compliment), on a aucune formation de base, on doit tout faire au feeling et en adaptant en permanence, mais moi je suis une passionnée alors forcement, parfois ça fume !!!

modotcom a dit…

c'est triste, non? Mais comme Mme Poppins dit : bien difficile d'élever des mômes. Le pire, c'est souvent qu'en tant que parents, on ne sait pas que nos flos sont des monstres. Les miens par exemple sont absolument des anges : ils sont raisonnables et toutes mes connaissances les adorent. Je ferais tout un saut si je savais qu'ils taxaient leurs compagnons à l'école, non? Pourtant, est-ce que je le sais, seulement? Les dynamiques familiales (autorité parentale ou ce qu'il en subsiste) sont bien différentes des dynamiques scolaires (on sait qu'au Québec, les profs sont pratiquement en burn out et pour cause). Blâmer qui?

Pauvre petit gars...

gaétan a dit…

Ce qui me désole dans toute cette histoire c'est la proximité d'avec le comportement vicieux de certains animaux entre-eux...des prédateurs et puis ceux qui se promènent avec ''victime'' marqué en gros dans le front... sont souvent seuls et différents.